Interview de Viviane Huys co-auteure de « Hier j’ai rencontré Martin », un livre pour aider les enfants à mieux comprendre l’autisme.

C’est en début d’année que Viviane Huys et Guillaume Leyssenot ont écrit leur fantastique album illustré « Hier j’ai rencontré Martin, l’autisme d’Hector au quotidien ». En 44 pages les auteurs nous font pénétrer dans l’univers d’Hector, un petit garçon autiste.
Pourquoi choisir un thème aussi lourd de sens ? Finalement qu’est ce que l’autisme ? Viviane Huys a accepté de répondre à quelques questions pour nous parler un peu plus d’elle, de son approche de l’autisme et de l’écriture de « Hier j’ai rencontré Martin ».

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Votre parcours professionnel est pluridisciplinaire, pourquoi et comment l’autisme est apparu comme un sujet important à traiter ?
En tant qu’enseignante et chercheuse je m’intéresse depuis toujours aux processus de signification. De ce fait, ma rencontre avec l’IME Saint-Réal (73), ses équipes et les enfants qui y sont accueillis, en 2011 a fortement infléchi mes recherches, ma vision des questions relatives aux apprentissages. Découvrant l’autisme, j’ai aussi cherché à mieux comprendre le fonctionnement de cette manière singulière d’être au monde. Mieux comprendre l’autisme c’est aussi mieux nous comprendre car la manière dont les personnes avec TSA voient le monde indique bien des choses de notre propre fonctionnement neurotypique.

Vous avez co-écrit Hier j’ai rencontré Martin avec Guillaume Leyssenot, comment a germé l’idée de ce livre ? Est-il dédié à un public enfant et/ou adulte ? 
J’ai suivi une formation de 2 ans au CHS du Vinatier à Lyon (Faculté de Médecine, université Claude Bernard) et c’est durant cette formation (DU « Autisme et troubles associés ») que l’idée est venue d’expliquer l’autisme aux enfants en empruntant à mes souvenirs professionnels, prenant appui sur des situations qu’il importe de décortiquer pour mieux les comprendre. Le public auquel l’ouvrage est dédié est un public d’enfants de 3 à 11 ans environ. Hier, j’ai rencontré Martin est le premier volume d’une toute nouvelle collection des PUG « Ma Différence » disponible ici : https://www.pug.fr/collection/111/ma-difference

On se demande souvent ce qu’est vraiment l’autisme, on parle maintenant de TSA, troubles du spectre autistique, qu’est ce que c’est et pourquoi a-t-on choisi d’employer ce terme ?
Recourir aux termes « Troubles du Spectre de l’Autisme » constitue une manière d’indiquer que les manifestations de l’autisme sont relativement larges. Même si les difficultés rencontrées dans le langage, la communication sociale et les intérêts restreints constituent des récurrences, il y a pratiquement autant de formes d’autisme que de personnes. Elles sont souvent associées à d’autres troubles notamment ceux de la sensorialité.

Selon vous, quelle est la meilleure façon d’accompagner un enfant autiste ? 
Respecter sa manière de vivre, ses centres d’intérêt, ses difficultés à gérer les stimulations sensorielles que nous avons l’habitude de juguler, de gérer, de hiérarchiser les sollicitations de l’environnement.Recourir à des modèles d’éducations structurée (TEACCH) de façon à instaurer des rituels qui rassurent. Les personnes autistes vivent assez mal les changements, l’imprévisible. Les rassurer permet de leur fournir de bonnes conditions pour grandir, apprendre, évoluer dans un milieu professionnel auquel il faudrait qu’elles ait davantage accès et qui s’adapte à elle. Car c’est à la société de s’adapter à accueillir les handicaps que peuvent représenter les différentes formes d’autisme.

Est-ce que l’autisme peut être apparenté à une maladie ?
Non, l’autisme n’est pas une pathologie. On ne « guérit » pas de l’autisme. Il s’agit plutôt d’un fonctionnement singulier, sur un plan neurologique et du coup les interactions avec autrui et avec l’environnement en sont modifiées.

Y a t’il selon vous un travail à faire sur le regard qui est actuellement porté sur l’autisme en France ? 
Oui. je parlais avec un ami récemment, lui même autiste. Globalement si des efforts sont fournis (les différents plans autisme le démontrent) la société a encore beaucoup d’efforts à fournir pour adapter les lieux qui favorisent la socialisation et pour aménager le fonctionnement des établissements scolaires, les équipements publics pour faciliter leur accès ; mais aussi les commerces, tous les lieux de la vie sociale.Le recours à une communication plus visuelle serait par exemple nécessaire car les personnes avec TSA pensent en images.Il s’agit aussi de transformer les représentations trop figées que nos concitoyens développent et accepter que l’idée de « norme » nous enferme dans trop de certitudes et de schémas. 

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